Écouter, regarder, s'améliorer
Malgré mon métier devant un public, je suis un ancien timide et j'ai horreur de me voir en vidéo ou en photo. C'est dommage, parce que la vidéo est un outil extraordinaire pour s'améliorer.
La plupart des magiciens ne se filment pas. La plupart de ceux qui se filment ne regardent pas leurs vidéos après. Et la plupart de ceux qui se regardent en vidéo ne le font pas de manière constructive.
La bonne nouvelle, c'est que Teller (le muet de Penn & Teller) a donné un excellent conseil pour s'améliorer grâce à la vidéo. (Je ne sais plus où je l'ai lu, contactez-moi si vous connaissez la publication originale de Teller.)
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Étape 1 :
Se filmer.
En 2026, nous avons (presque) tous un smartphone. Pour un enregistrement qui nous permettra ensuite d'améliorer notre présentation, c'est largement suffisant comme qualité. (Et honnêtement, la 4K d'un smartphone est même souvent exploitable pour notre promotion vidéo, sur les réseaux sociaux ou autres.)
Pour le trépied, il existe plein de modèles pas cher sur internet.
Étape 2 :
Ne pas regarder la vidéo tout de suite !
Teller conseille de laisser passer suffisamment de temps pour oublier ce que nous avons fait. La durée nécessaire dépend de la personne.
Au passage, l'auteur Stephen King écrit en suivant la même logique : il écrit une nouvelle ou un roman, il le range dans un tiroir pendant plusieurs mois pour "oublier", ce qui lui permet d'y revenir plus tard avec une perspective aussi détachée que possible, pour faire les corrections et les réécritures nécessaires.
Étape 3 :
ÉCOUTER la vidéo.

C'est là que la méthode de Teller devient surprenante mais géniale. Il conseille de lancer la vidéo en audio uniquement, ou de cacher l’image. Cela nous oblige à nous concentrer sur le son et à remarquer :
- nos tics de langage (mots inutiles, mauvaise prononciation, mauvaise respiration, bruits de bouche, etc.)
- nos erreurs de script (répétitions, longueurs, confusions)
- notre rythme
- les réactions du public (rires, applaudissements, surprises, silences, distractions)
- musique (si elle est utilisée ; niveau sonore adapté à notre voix, qualité, etc.)
- micro (s’il y en a) : savons-nous parler dans un micro ? Entendons-nous bien le participant, etc.
(J'ai d'ailleurs écrit un autre article à propos du micro, ici.)
Prenez des notes pendant cette écoute pour corriger les points les plus gênants, et noter aussi les phrases qui fonctionnent. Cela ne sera jamais parfait, mais cela peut toujours être amélioré.
Faites ensuite une nouvelle pause de plusieurs jours pour "oublier".
Étape 4 :
REGARDER la vidéo, sans le son !

Cette fois, nous sommes obligés de nous concentrer sur l’aspect visuel et de remarquer :
- La mise en scène (angles inappropriés, techniques magiques visibles, position des accessoires)
- Le design visuel (couleurs, vêtements, décor de scène, lumières)
- Les déplacements (les nôtres : dos au public, mouvements inutiles, etc. ; mais aussi ceux du public : sont-ils lents, maladroits, trop nombreux, confus, etc.)
Prenez des notes pendant ce visionnage pour corriger les points les plus gênants et les points forts. Cela ne sera jamais parfait, mais cela peut toujours être amélioré.
Faites ensuite une nouvelle pause de plusieurs jours pour "oublier".
Étape 5 :
Regarder et écouter.

Les deux aspects interagissent entre eux. Certains points à corriger ne deviennent évidents que lorsque nous les analysons en parallèle. Par exemple, peut-être que notre texte n’est pas bien synchronisé avec nos mouvements ou avec la révélation ou la musique.
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Évidemment, cette approche proposée par Teller demande plus de temps, mais elle fournit une méthode de travail segmentée. Cela rend l’analyse plus facile et plus pertinente.
Étape finale :
Ne pas se contenter de lire cet article 😉 À vous de jouer !