What's at stake?

L'enjeu

Je présente souvent un effet où je devine un chiffre entre 1 et 6. Voici l'effet en vidéo, d'abord à la télévision japonaise, puis à Manille :




L'impact est fort, pourtant ça n'est que "1 chance sur 6". Est-ce que l'effet serait plus fort si je devinais 1 carte parmi 52 ? Est-il possible d'avoir "1 chance sur 2" avec un impact identique ou supérieur ? L'acteur Gary Oldman nous propose une réponse :
(sous-titres français et anglais disponibles)



Bien que cette anecdote soit issue du monde du cinéma, elle résonne avec notre domaine. Un effet peut être simple, les choix du spectateur peuvent être peu nombreux, mais si l’enjeu est bien exprimé, l’impact émotionnel est considérable. Un bon effet ne se mesure pas à la quantité de choix mais à la façon dont le public perçoit le risque, le gain ou la conséquence d’une action.

Prenons l’exemple classique du "Smash and Stab", cet effet où un mentaliste écrase sa main sur quatre gobelets en carton, un seul contenant un pic pouvant transpercer sa main. Mathématiquement, il y a peu de choix (1 sur 4), mais le danger perçu est énorme. C’est précisément cette tension qui fascine. Tout repose sur la peur, l’adrénaline, le risque apparent. J'avais décrit ma propre roulette russe avec des oeufs, dans le troisième livre de ma Trilogie, "Votre esprit sera toujours mon terrain de jeu".

Le spectateur sait que le mentaliste maîtrise la situation, mais une partie de lui-même doute, espère, s’accroche à l’émotion.
On peut aussi penser à l'exemple positif du classique "Bank Night" ; cette fois c’est un gain plutôt qu'un risque, la participante a 1 chance sur 4 de gagner une somme d’argent.
L’important n’est pas le nombre d’options, mais ce qui est en jeu : la peur de perdre, ou l’espoir de gagner.

Ce principe se retrouve également dans le cinéma, par exemple dans la saga Matrix. Dans le premier film, Neo affronte l'agent Smith en face à face ; 1 chance sur 2 de gagner et de survivre.

Dans le deuxième film, Neo affronte une centaine d’agents Smith ; la scène est impressionnante visuellement et l'enjeu est mathématiquement augmenté (100 agents plutôt qu'un seul).

On pourrait donc s'attendre à ce que le troisième film nous propose une surenchère, un combat contre mille agents ou plus. Mais dans le troisième film, Neo affronte un seul et unique agent Smith (les clones restent en arrière-plan). Malgré la réduction du nombre d'ennemis, l'enjeu est démultiplié : Neo ne se bat pas pour survivre, il se bat pour que l'humanité toute entière survive.


En magie et en mentalisme, nous présentons trop souvent nos effets sans enjeu, et le public risque de se désintéresser. Ce qui rend une expérience magique, théâtrale ou cinématographique marquante, ce n’est pas le nombre de choix ou la difficulté technique. Voici quelques solutions pour augmenter l'enjeu perçu par le public.
Premièrement, reprenons l'anecdote de Gary Oldman. Nous pouvons moduler notre jeu d'acteur, par exemple avec le rythme de notre texte, notre ton, ou en exploitant les silences ; une pause juste avant le choix ou la révélation augmente la gravité perçue du moment.
Deuxièmement, nous pouvons adapter notre langage corporel. Si nous sommes décontractés pendant toute la démonstration puis que nous apparaissons nerveux ou tendus lors du moment crucial (regard fixe, main hésitante, posture, etc.), nous communiquons au public que "quelque chose d'important va se produire".
Troisièmement, nous pouvons impliquer la spectatrice, soit en la faisant participer physiquement, soit en construisant une narration à laquelle elle peut s'identifier. Si le risque (ou la chance de gagner) la concerne directement, elle sera plus intéressée. (En bonus, son succès la valorise auprès du public donc elle vit une expérience positive avec vous.)

Regardez votre répertoire et posez-vous ces questions : Quel est l'enjeu ? Comment puis-je l'augmenter ou le communiquer ? Vos effets deviendront plus intéressants pour la participante, l'impact sera augmenté, et l'expérience sera plus mémorable pour votre public.

 

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